Lettre à la souffrance humaine
- Noor B

- 17 nov. 2025
- 2 min de lecture

Je te vois.
Je sais d’où tu viens.
Tu es née du manque, de cette absence première,
celle d’un regard, d’une voix, d’une chaleur qu’un jour on a cessé de recevoir.
Je te vois t’accrocher aux pensées pour ne pas t’effondrer,
te raconter des histoires pour ne pas sentir le vide,
ériger la colère, l’injustice, la tristesse
comme autant de murs pour te donner forme.
Je te reconnais, car je t’ai portée longtemps.
Tu étais mon ombre, mon décor, ma raison d’être.
Tu me donnais l’illusion d’exister par contraste.
Et j’ai cru, comme tant d’autres,
que la vie n’était qu’une succession d’épreuves à comprendre, à réparer.
Mais un jour, sans effort,
le silence s’est installé à ta place.
Non pour te nier, mais pour t’englober.
Et j’ai vu que derrière ta densité
il y avait de la lumière — fine, constante, indestructible.
J’ai vu que tu n’étais pas un ennemi,
mais la trace de l’amour oublié.
Tu m’avais enseigné la séparation,
pour que je puisse un jour goûter l’unité.
Aujourd’hui, je te regarde sans peur.
Tu es encore là, parfois, dans les visages, dans le monde,
dans les cris des êtres qui ne se souviennent pas.
Mais je ne me perds plus dans ta fréquence.
Je t’écoute, et je te laisse passer.
Je sais maintenant que le cœur n’a pas besoin de se défendre.
Qu’il n’a rien à prouver, rien à sauver.
Que la paix n’est pas le contraire de la souffrance,
mais son apaisement.
Alors je t’offre ce regard,
non pour te dissoudre,
mais pour t’envelopper de douceur.
Tu peux reposer, souffrance humaine.
Ton rôle est accompli.
La vie t’a vue,
et dans cette vision, tu es déjà pardonnée.


Commentaires